| Par Lénaïg Bredoux et Stéphane Alliès sur Médiapart

 

Les militants ont tranché. Ou plutôt ce qu’il en reste. La majorité du NPA, qui réunit samedi et dimanche une conférence nationale post-électorale, refuse de rejoindre le Front de gauche, et va provoquer le départ de la minorité, baptisée Gauche anticapitaliste (GA). La scission enterre définitivement le projet lancé en 2009 d’un large parti anticapitaliste à la gauche du PS (lire nos articles d’alors).

Lors des assemblées générales organisées ces dernières semaines, les différentes motions hostiles au Front de gauche (quatre au total) ont obtenu environ 75 % des voix, dont 40 % pour la motion soutenue par Olivier Besancenot et Alain Krivine. Le texte de la Gauche anticapitaliste, qui propose de rejoindre le rassemblement de la gauche radicale initié lors des européennes de 2009, n’obtient qu'un petit 20 %. Mais, dans tous les cas, avec très peu de votants : seuls 2 000 militants ont participé au vote. C’est un tiers de moins qu’il y a un an lors du choix, déjà mouvementé, de Philippe Poutou comme candidat à la présidentielle. Et c’est surtout 20 % des troupes du congrès fondateur de février 2009 où le NPA pouvait se targuer d’avoir rassemblé jusqu’à 9 000 militants.

Au congrès fondateur du NPA, en février 2009Au congrès fondateur du NPA, en février 2009© Phototèque Rouge/Franck Houlgatte

La Gauche anticapitaliste va donc acter dimanche, au terme de la conférence nationale, son départ du NPA. Le nombre de militants est difficile à évaluer précisément : certains votants veulent rester ; d’autres qui veulent partir n’ont pas participé au vote, comme l’ancien bras droit d’Olivier Besancenot, Pierre-François Grond. Seules certitudes, ils sont plusieurs centaines (entre 300 et 600) et la GA compte de nombreux cadres du NPA, dont l’ex-porte-parole Myriam Martin, et plusieurs dirigeants historiques de la LCR comme Olivier Martin ou Samy Johsua (lire ici sa dernière tribune).

Ce résultat ne fait qu’entériner un processus amorcé voilà un an : à l’époque, la majorité, composée de nombreux membres de la défunte LCR, éclate entre, d’un côté, les partisans de Philippe Poutou, ouvrier dans l’automobile très critique du Front de gauche, et, de l’autre, ceux d’une des porte-parole, Myriam Martin, partisane de discussions avec le rassemblement incarné par Jean-Luc Mélenchon. Depuis, l’écart n’a fait que se creuser : la minorité s’est trouvée un nom, la Gauche anticapitaliste (GA), pour se constituer en courant autonome ; plusieurs de ses dirigeants ont appelé à voter Front de gauche à la présidentielle et aux législatives. L’ambiance s’est violemment dégradée, jusqu’à parfois devenir irrespirable quand on prétend militer dans le même parti. Alain Krivine, dirigeant historique de la LCR, a même été jusqu’à saisir la « justice bourgeoise » contre ses anciens camarades pour des histoires de gros sous (avant d’annuler finalement le référé).

Sur le fond aussi, le fossé n’a fait que s’élargir. Faut-il participer au Front de gauche ? Face à la crise faut-il créer de larges blocs anti-austérité, s’inspirer de la fulgurante progression de Syriza en Grèce ? Ou faut-il défendre un projet révolutionnaire et se concentrer sur les luttes sociales, sans prêter grande attention aux dynamiques électorales ? Les réponses, différentes, des sensibilités du NPA sont devenues inconciliables.

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