| Par Lénaïg Bredoux sur Médiapart

 

De l’art de se mettre tout le monde à dos. L’annonce faite mardi soir par Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry de présenter une contribution commune pour le congrès du PS a provoqué un tollé dans les rangs socialistes, énervant les “hollandais” historiques, les amis de Vincent Peillon, de Pierre Moscovici mais aussi l’aile gauche du parti autour de Benoît Hamon.

Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault en meeting à NantesMartine Aubry et Jean-Marc Ayrault en meeting à Nantes© Reuters

« Les seuls à trouver ça très bien, c’est Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry tout seuls », persifle un cadre socialiste, proche du ministre de l’éducation nationale. Ce n’est pas tellement le principe d’un texte de préparation commun, symbole d’un parti uni et soudé derrière l’exécutif, qui dérange les pontes de Solférino, mais la condition posée aux futurs signataires. « Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault proposent à l’ensemble des dirigeants du PS, comme aux membres du gouvernement, de soutenir de façon exclusive cette contribution générale », précise le communiqué. En termes clairs : les ministres, même animateurs de courants ou de sensibilités du PS, sont tenus de la boucler.

Ils étaient pourtant nombreux à préparer leurs textes. Car les statuts du PS, remaniés par la rénovation lancée par Martine Aubry – et c’est là tout le paradoxe –, prévoient justement que le congrès soit d’abord préparé par de multiples contributions et que les socialistes puissent signer plusieurs de ces contributions. Une phase préparatoire de débat avant le dépôt des motions (et d’une éventuelle, et probable, synthèse), début septembre, avant le congrès des 26, 27 et 28 octobre à Toulouse.

L’aile gauche du PS s’y était déjà préparée (lire notre article), tout comme les amis de Vincent Peillon et de Pierre Moscovici. Ces derniers envisageaient aussi de faire alliance avec les proches historiques de François Hollande, Stéphane Le Foll et François Rebsamen, pour présenter un texte commun. Mardi midi, Le Foll, Rebsamen, Peillon et Moscovici avaient même déjeuné ensemble – un « déjeuner privé, et constructif, avec l’idée de regrouper nos trois sensibilités ». L’annonce du premier ministre et de la première secrétaire les a totalement pris de court.

Stéphane Le Foll le 10 mai à ParisStéphane Le Foll le 10 mai à Paris© Reuters

Plusieurs ministres n’avaient pas été prévenus. « Martine Aubry l’a appelé, mais il était débordé, il n’a pas rappelé… Personne d’autre n’a essayé », explique le collaborateur de l’un d’entre eux. Passablement agacés, les proches de François Hollande ont organisé au débotté mardi soir une réunion de crise au ministère de l’agriculture : autour de Stéphane Le Foll (auteur d'une tribune dans Le Monde), les ministres de la défense (Jean-Yves Le Drian), des transports (Frédéric Cuvillier), le maire de Quimper, Bernard Poignant, ou encore le président du groupe PS au Sénat, François Rebsamen. De nouvelles discussions étaient prévues mercredi ; dans la soirée, l’aile gauche de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli avait aussi rendez-vous.

« C’est une méthode inacceptable qui ne nous va pas du tout ! Il est hors de question de signer de façon exclusive cette contribution Aubry-Ayrault », tonne un jeune cadre hollandais. « Cette annonce est certainement l’envie de faire en sorte que tout se passe dans un climat serein. Sauf que c’est pas comme ça qu’on doit le faire ! » peste le conseiller régional d’Île-de-France Marc Mancel, très proche de Vincent Peillon. Ses griefs : « Ça va trop vite en besogne. Tout le monde n’a pas été contacté, la décision a été prise de façon unilatérale et c’est une motion de synthèse avant l’heure ! C’est une erreur d’appréciation : les contributions doivent permettre d’apporter du fond au débat. »

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