Science économique…une mystification !

Nous avons déjà oublié le désarroi des enseignants en économie supérieure, lorsque la crise immobilière et la crise des subprimes ont éclaté en 2007, 2008. « Tout l’édifice repose sur de la tromperie ! » « Livrée à elle-même, la finance dérive complètement ! » « Tout ce que nous enseignons depuis trente ans est à revoir » etc. etc. Or, tous s’étaient démenés contre les entraves apportées au nouveau dogme du « libre jeu des marchés » Cauchemar qu’il faut oublier !

Deux ans plus tard, nombre de nos économistes médiatiques ont réintégré les fondamentaux anglo-saxons, comme si rien ne s’était passé ! Les fameux « marchés financiers » continuent de sévir, nouvelles divinités qui exigent que tout leur soit sacrifié pour leur libre jeu et donc, notre futur bonheur !

Quelques voix se sont élevées avec des objections, les « Economistes atterrés » ont publié un Manifeste, puis « Changer d’économie »

Cependant les grandes gueules continuent de prêcher la soumission, l’autosacrifice.

OBJECTIONS :

  1. Ces scientifiques autoproclamés ne travaillent que sur l’économie « légale » (celle qui fait semblant) Or la majeure partie des transactions se fait dans le secret des paradis fiscaux et ne peut être étudiée. Toutes les grandes sociétés ont de nombreuses filiales dans l'off-shore et ne déclarent que ce qu’elles veulent bien. C’est là que les titres pourris ont été confectionnés et diffusés dans le monde entier, à partir de sociétés écran. Mais c’est là aussi que l’argent du banditisme et du terrorisme transite, et rien ne permet de distinguer l’un de l’autre ! Il n’y a pas un off-shore propre, luxembourgeois, et un autre du banditisme ! En quoi les rémunérations, primes, stock-options délirants que les dirigeants s’octroient entre eux diffèrent-ils du pillage de biens sociaux, du racket par les chefs maffieux à Chicago au début du siècle dernier ??? (Les grands patrons se retrouvent entre eux dans tous les Conseils d’administration et, s’engraissent mutuellement, à tour de rôle !)

2. Pire, en permanence des capitaux légaux plongent dans l’illégal (lors de fabrication et d’achat d’armes, achat de drogue, corruption, rétro commissions, prostitution, etc. En permanence, fonctionnent des circuits de blanchiment en sens inverse. Les enquêtes en cours montrent que TOUS les milieux sont impliqués dans les deux sens, et ça brasse des volumes d’argent considérables. La finance est un ensemble complexe, mais UNIQUE.

Et nos doctes économistes prétendent élaborer un « savoir » incontestable en n’examinant que la phase émergée de ces circuits !!! Farceurs !

3. Nous n’ignorons pas que beaucoup d’écritures comptables sont fausses, pour tromper le fisc, tromper les fournisseurs, tromper les salariés, tromper les concurrents…Un intérêt qu’existent des règles, est que leur contournement peut procurer avantage sur la concurrence ! Et c’est sur ce matériau qu’ils travaillent !

4. Pour se donner un semblant de scientificité les économistes font des calculs. Or ces calculs reposent sur des « petites » simplifications de la réalité. Deux exemples :

- « tous les acteurs agissent au mieux de leurs intérêts ». Evidemment faux : votre conseiller financier soigne ses primes et vous fait agir au mieux des intérêts de votre banquier ! Sinon, il est viré !

- « tous ont le même degré d’information » Evidemment faux. Sans parler des nombreux délits d’initiés, rarement repérés, rarement sanctionnés. Sans parler des informations contradictoires ou mensongères lancées pour faire effondrer la bourse afin d’acheter à bas prix, puis la faire remonter afin de vendre à gros bénéfice. La complexification des « produits dérivés » avait pour moteur de tromper les notateurs et les acheteurs de titres dont on a caché qu’ils étaient pourris.

5. Tous s’accordent à négliger les plus lourds des coûts de fabrication : pollutions lourdes et irréversibles des terrains, des fleuves et des mers, fonte massive des glaciers avec modification des courants marins, atteintes massives à la vie par cancers, baisse de fertilité, destructions massives d’espèces, etc…

6. Il n’existe pas de QG de la finance. Dire « les marchés financiers », comme si une telle entité existait, est une tromperie. Ce qui existe, ce sont des acteurs financiers en grand nombre, tous concurrents, parfois acoquinés, souvent en guerres obscures, chacun prêt à n’importe quoi pour faire du fric. Ils ont même conçu des ordinateurs pour pomper tout ce qui se présente, dans la milliseconde ! Les ravages résultent d’enchainements d’actes de vampirisation, tous irresponsables des conséquences, accessoires à leurs yeux. Vis-à-vis de la spéculation sur les denrées, qu’importe que des populations soient plongées dans une famine qui les décime, qu’importe que la forêt tropicale soit rasée et que des populations disparaissent à tout jamais, etc. AUCUN des acteurs de la chaîne de décisions ne s’en voit concerné ! (Seuls nous, sommes consternés) Le FMI, l’OMC, l’OCDE … ? Comme les gouvernements, ces instances manipulées par lobbying, courent après le train de la fortune, s’efforçant de l’aider de leur mieux !

Pas de théorie du complot en cette affaire !

7. Pas de QG ni repérable, ni occulte, donc pas d’interlocuteur avec lequel négocier ! A tout moment, tout peut être remis en cause, en plaçant la barre plus haute à chaque fois.

On pourrait ajouter bien d’autres raisons pour lesquelles science et savoir sont irrémédiablement incompatibles avec l’économie, les savants calculs parfaitement bidon, et la doctrine des économistes officiels pure intox, manipulation de l'opinion.. « Le monde est trop dangereux, abandonnez-vous à nous ! » qu'ils disent.

Des universitaires nous répondent alors : « Bien sûr, on n’est pas dans une science dure ! C’est une science humaine. »

OK. Cependant, la médecine parvient à guérir ! Ce n’est ni le cas de l’économie officielle, dont le rôle trouble est de plus en plus visible, ni le cas de la psychiatrie qui vit actuellement de profondes révisions.

Deux domaines où se manifeste la perversion présente au tréfond du cerveau humain. La psychiatrie s’efforce de la dominer. La finance excite et valorise la perversion.

Il reste qu’un travail scientifique essentiel doit être fait inlassablement, que les économistes atterrés ont entrepris, un travail scientifique sur l’économie réelle.

Un travail scientifique afin de démonter les tromperies qu’on nous monte, pour que nous soyons capables de nous en émanciper !

Multiplier les actes de résistance interne, c’est à faire pour grouper des forces. Mais cela ne transforme pas le système.

Comment en sortir ? De nombreuses générations s’y sont attelées sans réussir à s’accorder sur «Comment » et « pour faire quoi ?» Deux guerres mondiales n’y ont pas suffi. Par l'action collective, sans préalable de recherche intellectuelle!

Ayant achevé ce texte, je suis allé voir le film « FAUST » de Sokurov. Comment en sortir ? La question posée par les dernières images où Faust se démène avec ardeur pour en sortir, défie les faux savoirs péremptoirs. Les vrais savoirs émergent de l'action d'émancipation. De bout en bout, un film formidable à voir et revoir !