Vendredi 27 Juillet 2012 à 17:19  Ismaël Mereghetti - Marianne

 

Un rapport de l'Observatoire français de la conjoncture économique évalue les premières mesures prises par le gouvernement, comme l'assouplissement de la réforme des retraites par exemple. Si le résultat est plutôt encourageant, les économistes lancent néanmoins un sérieux avertissement au pouvoir concernant la politique de rigueur budgétaire, décidée au niveau européen, et qu'ils jugent inefficace.

 

(Le ministère de l'économie et des finances-YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA)
(Le ministère de l'économie et des finances-YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA)
«Du social mais pas de sortie de crise», c'est ainsi que l'Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE) résume l'orientation économique prise par le nouveau gouvernement. L'OFCE a décidé d'évaluer les premières mesures prises par François Hollande, à la fois du point de vue du coût pour les finances publiques mais aussi de l'impact sur l'activité économique ou l'emploi, dans un rapport dévoilé le 26 juillet. Et le résultat est positif.

Parmi les mesures phares de la campagne, il y avait évidemment le contrat de génération, destiné à favoriser l'emploi des jeunes et le maintien en emploi des séniors. Selon les économistes, sa mise en oeuvre dès 2013 pourrait créer entre 50 000 et 100 000 emplois, avec toutefois une part importante des effets d'aubaine, c'est-à-dire des emplois qui auraient été créés de toute façon. A plus court terme, les contrats aidés du type emplois d'avenir, également à destination des jeunes ou des chômeurs longue durée peuvent contribuer à faire baisser le chômage, en créant près de 107 000 emplois (sur 150 000 contrats subventionnés).

La réforme des retraites, viable économiquement

Le dispositif de re-fiscalisation des heures supplémentaires, qui a provoqué un lever de boucliers de la droite au Parlement au mois de juillet, est également passé au crible par l'OFCE. Il permettrait de réduire le déficit public de près de 5 milliards d'euros sans pour autant dégrader le marché du travail : 17 900 emplois devraient être sauvegardés ou créés. Concernant le coup de pouce du SMIC de 2%, entré en vigueur début juillet, les économistes jugent qu'il n'y aura pas d'effet négatif sur l'emploi ni sur le coût du travail. En revanche, il provoquerait une dégradation des finances publiques de 240 millions d'euros.

Autre mesure importante : l'élargissement des conditions de départ à la retraite à 60 ans, l'un des premiers engagements de campagne mis en oeuvre par le président de la République. Le rapport juge que cet assouplissement n'est pas «aberrant» dans le contexte économique actuel. Du fait d’un dynamisme démographique satisfaisant, la France aura moins de problèmes que l’Allemagne pour le financement de ses retraites. Les dernières projections réalisées par la Commission européenne conduisent à une hausse de 0,5 point de la part des dépenses de retraite dans le PIB, contre 2,6 points en Allemagne. Selon les économistes de l'OFCE, «les réformes antérieures ont largement dégradé la situation des travailleurs non-qualifiés à carrière longue qui peuvent difficilement allonger leur carrière et qui risquent de voir leur pension se rapprocher du seuil de pauvreté». Ajoutant même : «Un certain assouplissement était sans doute nécessaire. Peut-être reste-il même insuffisant?»

L'austérité en faillite

 
L'Observatoire se fait plus sévère lorsqu'il aborde les stratégies macro-économiques du quinquennat, qui suivent les choix européens depuis plusieurs mois. Les économistes avertissent la France contre l'inefficacité de la politique de réduction du déficit et de baisse des dépenses publiques, menée un peu partout dans la zone euro depuis 2010 et que François Hollande souhaite poursuivre. En témoigne le collectif budgétaire de juillet 2012 dans lequel figure l'engagement de réduction du déficit à 3% du PIB à la fin 2013, en vue de rassurer les marchés.

Pour l'OFCE, cette stratégie de sortie de crise est hautement contestable et portera un sérieux coup de frein à la croissance économique. La réduction du déficit par la hausse des impôts ou la baisse des dépenses publiques pèse lourdement sur l'activité, ce qui limite voire annule la réduction effective du déficit. La dette augmente par conséquent, avec la hausse des taux souverains, ce qui oblige à une austérité plus forte. Et comme cela vient d'être dit, l'austérité ne fait que créer du déficit. Le cercle est vicieux selon l'OFCE, qui chiffre le coût de la rigueur : « à l'horizon 2017, cette stratégie amputerait l'activité économique de 1%. Ce qui engendrerait une hausse du chômage qui risque de dépasser les 11% dès 2014. (...) Cette stratégie coûterait plus de 160 000 emplois (surtout industriels, ndlr) en 5 ans pour un gain de 1,5 point de PIB de dette publique.» Précisons que toutes ces hypothèses sont faites d'après un contexte européen stable. Si la zone euro explose, aucune prévision ne tient.

La règle d'or en débat

La situation actuelle de la Grèce pourrait venir corroborer les démonstrations de l'Observatoire : la récession devrait atteindre 7% cette année et le pays ne parvient pas à remplir les objectifs d'ajustement budgétaire fixés par la Troïka, mamgré de nombreux plans d'austérité. Il en va de même pour l'Espagne.

>> Lire : Qui a dit que l'Espagne s'en sortait mieux que la Grèce ?

A l'inverse de la fameuse règle d'or voulue par la zone euro, les économistes de l'OFCE proposent un autre scénario de sortie de crise. Ils considèrent que la dépense publique n'est pas un frein à la croissance et peut permettre de relancer l'économie et l'activité. Mais pour cela, il ne faut pas prendre pour objectif l'équilibre des finances publiques. Leur hypothèse consiste à contenir le déficit structurel en dessous de 0,5% point de PIB. Avec une telle cible, l'activité serait relancée. Cela permettrait d'après leurs calculs de sauver ou de créer 230 000 emplois en cinq ans, et de faire baisser le chômage de 205 000 personnes. Et par la même occasion de dynamiser la croissance, pour à terme réduire l'endettement.

De quoi relancer le débat sur la vertu budgétaire, à l'heure où bon nombre de plans d'austérité en Europe ne convainquent des vertus de la politique économique imposée pa la Troïka.